C‑DRONE
Vagues sur une plage de sable vues du ciel

GUIDE C-DRONE · 2 AVRIL 2026

Lire la carte Géoportail des restrictions drones : mode d'emploi complet

Avant chaque vol, un seul réflexe : ouvrir la carte des restrictions UAS sur le Géoportail de l'IGN. C'est la référence officielle française pour savoir où voler en catégorie ouverte et à quelle hauteur. Mais mal interprétée — ou prise pour ce qu'elle n'est pas —, elle conduit à des erreurs graves. Ce guide détaille sa lecture, ses limites et les outils qui la complètent.

Accéder à la carte et comprendre son code couleur

La carte s'ouvre sur geoportail.gouv.fr, couche « Restrictions UAS catégorie Ouverte et aéromodélisme » (elle est aussi reprise sur le portail cartes.gouv.fr de l'IGN). Elle représente, pour la France métropolitaine, les limitations applicables aux drones de la catégorie ouverte. Le code couleur est simple : rouge vif, vol interdit (hauteur maximale 0 m) ; nuances d'orange et de jaune, hauteur plafonnée à 30, 50, 60 ou 100 mètres selon la zone ; absence de couleur, plafond général de 120 mètres. Un clic sur la zone affiche la hauteur exacte et, souvent, la référence de la restriction (CTR, zone P, R ou D).

Les grandes agglomérations apparaissent massivement en rouge : Paris intra-muros est intégralement interdite (zone P-23), et la plupart des centres urbains sont couverts par les CTR d'aéroports. Rappel essentiel : ces hauteurs s'entendent au-dessus du sol (AGL), au point où se trouve le drone — sur un coteau, la référence suit le relief, pas l'altitude de décollage.

CTR, zones P, R, D : ce que recouvrent les restrictions

Derrière les couleurs se cachent des réalités aéronautiques différentes. Les CTR (zones de contrôle d'aéroport) imposent des hauteurs réduites en cercles concentriques autour des pistes : typiquement 0 m à moins de 2,5 km, puis 30, 50 et 100 m en s'éloignant. Les zones P (prohibited) interdisent tout survol : centrales nucléaires, prisons, sites militaires, Paris. Les zones R (restricted) sont interdites lorsqu'elles sont actives — zones d'entraînement militaire, couloirs de vol très basse altitude « RTBA » où circulent des avions de chasse à 150 m/sol et 900 km/h. Les zones D (danger) signalent une activité dangereuse sans interdiction formelle.

S'y ajoutent les restrictions non aéronautiques intégrées à la carte : réserves naturelles où le survol est limité ou interdit (Calanques, Vanoise, réserves ornithologiques), hélistations hospitalières, et sites sensibles ponctuels. Le point piège des zones R : leur activation varie selon l'heure et le jour. La carte Géoportail les affiche de façon statique ; leur statut réel du jour se vérifie dans les publications aéronautiques (AIP, SUP AIP et AZBA pour le réseau très basse altitude).

Ce que la carte ne montre pas

Première limite, et la plus importante : la carte Géoportail ne couvre que la catégorie ouverte et l'aéromodélisme. Elle n'indique pas les possibilités offertes en catégorie spécifique — un professionnel sous STS-01 avec protocole peut voler là où la carte affiche des restrictions, et inversement certaines conditions du scénario peuvent être plus contraignantes que la carte. Deuxième limite : elle ne matérialise pas l'interdiction française de voler au-dessus de l'espace public en agglomération en catégorie ouverte pour le loisir. Une petite commune sans aucune couleur sur la carte reste interdite de survol de sa voirie pour un drone de loisir — seuls les vols professionnels y sont admis depuis le 1er janvier 2026, sans survol de personnes et de jour uniquement.

Troisième limite : les interdictions temporaires n'y figurent pas en temps réel. Zones interdites temporaires (ZIT) créées pour un sommet international, un feu de forêt ou une visite officielle, notamment lors d'événements majeurs, sont publiées par SUP AIP et NOTAM. Enfin, la carte ignore tout ce qui relève du droit au sol : propriété privée, vie privée, règlements de parcs départementaux ou arrêtés municipaux encadrant le décollage depuis certains espaces. Voler « en zone blanche Géoportail » n'a jamais signifié voler légalement à tous égards.

Les outils complémentaires du télépilote

Une préparation de mission sérieuse croise plusieurs sources. Pour l'espace aérien du jour : le SIA (service de l'information aéronautique) publie l'AIP, les SUP AIP drones et les NOTAM ; la carte AZBA indique les créneaux d'activation du réseau très basse altitude de la défense, à consulter impérativement en zone rurale traversée par le RTBA. Des applications privées agrègent ces données et facilitent la lecture terrain, mais en cas de contrôle, seules les publications officielles font foi.

Pour les vols près d'un aérodrome, la carte VAC de l'aérodrome donne les trajectoires de circuit à connaître avant toute demande de protocole. Pour l'altitude du terrain et les obstacles (lignes THT, antennes, éoliennes), les couches IGN du Géoportail restent la meilleure source gratuite. Méthode recommandée : vérifier la zone à J-7 pour anticiper une éventuelle demande d'accord, revérifier NOTAM et AZBA la veille, puis conserver une capture d'écran datée de la carte dans le dossier de mission — pièce précieuse pour démontrer sa bonne foi en cas de litige.

Cas pratique : préparer un vol en périphérie d'une grande ville

Exemple type : une inspection de toiture à 8 km d'un aéroport régional. Sur Géoportail, l'adresse tombe dans un anneau orange « hauteur maximale 50 m » de la CTR. Première conséquence : le vol reste possible en catégorie ouverte sous 50 m si le site est hors agglomération et hors espace public ; sinon, il bascule en STS-01. Deuxième vérification : un clic révèle qu'une hélistation hospitalière à 1,2 km impose localement 0 m — le bord de la parcelle est inviolable. Troisième vérification : le SUP AIP du jour n'annonce aucune ZIT, l'AZBA montre le RTBA inactif le matin.

Décision opérationnelle : vol à 45 m maximum, drone C2 en A2 (le personnel du chantier étant informé et le public tenu à plus de 30 m), déclaration préfecture inutile hors zone peuplée, capture Géoportail et NOTAM archivées. Ce raisonnement en entonnoir — carte, puis publications du jour, puis droit au sol — prend dix minutes une fois rodé. C'est exactement celui que votre prestataire drone doit pouvoir vous dérouler pour votre site ; sa capacité à le faire est un excellent test de professionnalisme avant de signer un devis.

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